Rencontre : Davjazz x Mess Edit

Rencontre : Davjazz x Mess Edit

Vous avez certainement dû le croiser derrière les platines de la Bellevilloise, du Mellotron, ou sur les planches de plusieurs festivals parisiens, toujours un paquet de skeud sous le coude  et chargé d’une bonne énergie : Davjazz. Le papa de la funk et de la disco qui fait taper du pied les afficionados depuis vingt ans maintenant a accepté de nous rencontrer à l’occasion d’une nouvelle collaboration. Invité par nos potes du collectif Mess Edit pour une soirée groovy au Panic Room samedi 16 juin dernier, le Grand Master Flash parisien s’est confié à nous. 

Retour sur le parcours de cet amoureux transi de la musique. 

C’est dans le 12ème arrondissement, à une terrasse de café, qu’on retrouve Pierre Daher, aka Barbour, co-fondateur du collectif Mess Edit. Quelques minutes plus tard débarque Davjazz, qui semble tout droit sorti de Brooklyn. Nous commandons trois cafés, que nous buvons rapidement, le temps de parler des quelques dates à venir. Dav nous propose alors de quitter le tintamarre des moteurs pour pouvoir discuter plus tranquillement dans sa garçonnière. 

Dans les bibliothèques, pas de bouquins, seulement des vinyles à perte de vue. Il nous invite à prendre place dans le salon avant de se diriger vers les platines pour y déposer un vinyle qu’il attrape au passage. 

Davjazz : « Là on est mieux ! ». 

Le rapport à la musique aujourd’hui est différent, les plateformes de stream permettent un accès instantané à ce que l’on cherche. Tu es connu pour être un « digger », un chasseur de disques depuis les 80’s. De quelle manière est-ce que ça a pu t’influencer en tant que jeune dj ? 

« Je crois que ça passait dans un premier temps par la radio. C’était en écoutant des radios FM comme NRJ, Radio 7, qu’on achetait ensuite nos premières tracks sur vinyles et K7. Tous les week-end, on descendait avec les potes pour choper ce qu’on avait écouté pendant la semaine avec nos petites économies. Aujourd’hui, les niveaux de vies permettent aux jeunes d’acheter des vinyles plus chers, en les commandant sur discogs, alors que nous on allait chez « Mammouth écrasé-prix » (rires). Les boîtes de nuits passaient aussi pas mal de bonnes choses, j’ai de bons souvenirs à La Sqala ou au Pacifique, beaucoup de dance musique et de disco. T’as déjà regardé la série The Get Down ? C’était à peu près dans le même délire. Le premier vinyle que j’ai acheté est une perle de Joe Bataan, Rap’O Clap’O. » 

D’ailleurs, en parlant de vinyles, j’ai lu qu’on pouvait te croiser pendant une époque chez Betino’s Record Shop dans le 11ème.

« Et j’y suis toujours, de temps en temps ! (rires) Oui c’est vrai, j’y ai filé un coup de main pendant une dizaine d’année. Les gens s’y sont habitués, je savais les conseiller, cerner leurs goûts et leurs trouver quelque chose qui se rapproche de ce qu’ils aiment. Quand les gens entraient dans le shop, ils demandaient toujours « où est Dav ? ». J’ai toujours écouté beaucoup de Funk et de Jazz, pour moi c’est une musique qui ne vit qu’a travers le partage, alors j’aime bien faire découvrir les perles. D’ailleurs, ça m’a valu plusieurs fois de me faire engueuler par certains DJs qui cherchent toujours à garder l’exclusivité sur les références, pour eux, ça les rends plus précieuses. Mais je m’en fou, je fais mon truc. »

Est-ce que tu peux nous parler de tes débuts ?  

« J’ai commencé aux alentours de 1993, à Evry. À l’époque je travaillais sur Canal 102, qui était une petite radio mais qui comptait bien 400 000 auditeurs. Aujourd’hui c’est devenu Canal Funk et elle est présente dans 96 pays, y a eu du chemin depuis ! À l’époque, j’étais chauffeur-livreur le jour et à la radio le soir. J’ai tout appris avec les techniciens là-bas, on passait des nuits entières à piocher dans la discothèque de la radio et à caler des disques. C’est là que j’ai su ce que voulait vraiment signifier être DJ. Un DJ doit savoir bien sûr caler ses disques mais surtout bien choisir ses tracks et raconter une histoire du début à la fin, emporter le public avec lui.

Si tu ne sais pas inviter au voyage, tu n’es pas DJ.

Il s’arrête soudainement de parler lorsqu’une track de Red Greg défile sur le tourne-disque. Il fait deux pas de danses pour arriver jusqu’à la platine et rajoute un peu de son. « Écoutez ça ! ».  

Tu as sillonné les clubs parisiens, les différentes radios où tu es résident, fait différentes collaborations avec plusieurs collectifs depuis plus de 20 ans. Tu es en quelque sorte un témoin de l’évolution de cette scène parisienne, qu’est-ce-que tu peux en dire ?

« Je suis super fier de la nouvelle génération. On n’a plus rien a envier aujourd’hui aux américains et aux anglais, qui à l’époque avaient un accès plus facile aux nouveautés et aux disques que l’on ne trouvait pas forcément ici. Cette génération sait aller vite et utiliser les outils qu’elle a à disposition, contrairement à mon époque. On sortait du Ghetto pour s’amuser, s’oublier grâce à la musique. Je suis fier de la culture musicale française d’aujourd’hui et de tous les acteurs qui y contribuent, des gars comme ceux de Radio Meuh qui se battent pour faire découvrir cette scène locale. Ensuite, les musiques ne se propagent pas partout à la même vitesse en France, Paris semble très souvent être une espèce de précurseur de tendances. En Province, la funk ne connait pas le même regain qu’aujourd’hui mais ça finit toujours par arriver. Longue vie à la Funky French Touch ! (rires).  D’ailleurs, faut que tu écoutes ça aussi, ils sont français et ça déchire ». 

Il retourne près des platines, pioche un disque dans le bac à vinyles et le sort d’une pochette qui attire mon regard. 

« C’est des potes à moi, la Malka Family ! ». 

Pierre, tu as crée le collectif Mess Edit, est-ce-que tu peux nous parler de ta vision du projet et de ta collaboration avec Davjazz ? 

« J’ai commencé a mixer il y a plusieurs années de cela, avec mon frère dans un premier temps, puis on est passés à quelque chose de plus sérieux en jouant la où on le pouvait. On a commencés par des soirées « only vinyl » au LAB par exemple, où on a fait des B2B à 3 ou à 4. Pour moi, il n’y a plus de frontières au niveau de la musique, il n’y en a jamais eu en fait. Je rejoint Dav sur la question du partage, d’ailleurs, à quoi est-ce-que ça servirait d’être DJ si on ne peut pas faire découvrir de nouvelles tracks à notre public. » 

Davjazz : « C’est vrai, pour un DJ, tout est question d’énergie et c’est certainement pour en donner et en recevoir que l’on fait ce métier. Donner et recevoir du bonheur ».

Pierre : « Exactement. Lorsqu’on a créé Mess Edit, l’essentiel était de pouvoir ratisser large, d’instaurer un langage avec notre public avec une musique du monde, qui vient de partout. Après comme Dav, je suis un amoureux de la funk, de la house bien breakée des 80’s et de l’Italo. On veut pouvoir apporter un groove, sans se mettre de barrière, d’autant plus que l’on est dans une époque où l’oreille est beaucoup plus éduquée qu’avant, les plateformes de stream permettent aux gens de découvrir des perles rares. Pendant certaines soirées, on s’étonne à passer des tracks qui ne sont pas forcément super connues mais que le public reconnaît et aime, ça les fait kiffer et nous aussi. »

Davjazz : « Ah ça… Tu peux pas la leurs faire à l’envers » (rires).

Pierre : « On est bien content de la scène actuelle, faut pas oublier que depuis 2015, Paris est une véritable capitale de la scène électronique. L’obtention de la licence par la Concrète y a aussi joué quelque chose et chaque année on ne cesse d’avoir de belles surprises.

Si vous deviez chacun apporter une track avec vous sur une île déserte ? 

Dav se met à réfléchir, commence sur « Blackbuster… Ah c’est chiant ! Non, c’est pas possible je peux pas choisir, c’est trop dur » (rires) 

Pierre : « Moi je dirais Varyant de Kasper, pour la prod que je trouve super moderne, j’aime beaucoup. Ou alors Disco Inferno de The Player Association… Deux vaux mieux qu’une.